Par Didier Pilon

Photo par Joël Ducharme

Parmi les nombreuses chansons d’amour indistinctes, la rage assoiffée de paix du rappeur ottavien Kimya a su sortir victorieuse.

Le Café Nostalgica était plein à craquer, le samedi  17 septembre, à l’occasion de la grande finale et de la remise des prix de Rond Point. Anciennement nommé Ontario pop, le concours mets en lumière les auteurs-compositeurs-interprètes émergents de l’Ontario français. Devant une foule d’artistes, de mentors et de fans, les quatre finalistes de cette année – Les Soliloques, Brandon Girouard, Rox Anne et Kimya – ont démontré que leurs trois résidences artistiques et maints ateliers n’ont pas été en vain.

Kimya : un Ottavien se démarque

Remportant quatre prix, dont une participation aux demi-finales au Festival de Granby, c’est le rappeur Kimya qui est le grand lauréat de la soirée. « Je suis tellement excité », s’est exclamé l’Ottavien, visiblement ému. « Ce sont des prix que je n’imaginais jamais gagner. »

Poète et slameur depuis 2012, ce n’est que depuis décembre dernier qu’il se réinvente en rappeur. Pourtant, il a le confort sur scène d’un vétéran et un charisme qui commande l’attention. Ce talent est le fruit de neuf mois de « travail acharné » avec son collègue et mentor, Le R 1er. « Lorsque je me suis lancé dans le rap, j’ai rencontré Le R 1er, un de mes artistes préférés en Ontario. […] Il m’a épaulé tout le long, il m’a donné conseil et il a toujours cru en moi. »

L’influence du rap français engagé reflète dans ses vers. On y reconnait à la fois l’espoir militant de Youssoupha et le calme introspectif de Grand corps malade. « Dans mes chansons, je rêve d’un monde meilleur. La communauté noire… on s’est souvent fait rabaisser. Il est grand temps de se relever et de continuer, le point haut dans les airs, et dire : “ C’est assez. Il faut que ça change! ” »

« Au niveau de l’instrumental, je m’inspire des beats congolais et j’essaie d’incorporer des instruments avec des tonalités africaines. Au niveau des paroles, j’introduis mon vécu au Congo que je marie à ma langue natale, le lingala. »

3 prix pour Rox Anne

Le pop acoustique villageois de Rox Anne, a déniché 3 prix, dont une prestation au festival Quand ça nous chante. « C’est un défi faire de la musique lorsqu’il n’y pas grand-chose dans ton coin », affirme l’auteure-compositrice-interprète de Smooth Rock Falls. « C’est grâce à Quand ça nous chante et La voix du nord que j’ai pu me lancer dans le domaine, et j’ai hâte de pouvoir participer de l’autre côté de la scène. »

Les Soliloques et Brandon Girouard

Trio à deux instruments et deux voix, la formation indie-folk de Kingston, Les Soliloques, a formé à leur manière des paysages sonores colorés. Les rythmes de leur guitare, décorés de clavier ou d’accordéon, créent un fond original qui s’accorde gracieusement à la voix chimérique d’Erika Lamon.

Parfois chansonnier acoustique, parfois rockeur multi-instrumentaliste, le Kapuskois Brandan Girouard a su mélanger folk, rock et blues pour raconter ses narratives quotidiennes. « Brandan Girouard, pour moi, c’était une grande découverte », avoue Stef Paquette, chanteur et bête de scène franco-ontarienne. « Oui, c’est un auteur-compositeur, mais il chante les backs, ou il saute sur les drums, ou joue la lead. Il va être quelque chose ce gars-là, pis moi je n’aurai plus de job! »

Son répertoire de technique musicale doit toutefois négocier avec des paroles anodines : des chansons d’amour sans contexte, à des femmes sans noms, qui n’ont de caractéristiques autres que d’être l’objet de la conquête ou celles qui lui refusent ses émotions.

Les Soliloques, Rox Anne et Kimya planifient chacun un album en 2017.