Par Didier Pilon

Photo par Jérôme Guibord

Avec pas d’casque, groupe folklorique aux reflets psychédélique, se prépare pour leur premier spectacle dans la capitale. Le 10 novembre, le Studio du Centre National des Arts accueillera les milles-et-un instruments du quatuor montréalais.

Stéphane Lafleur (chanteur, guitariste), bien connu pour sa réalisation du long-métrage Tu dors Nicole en 2014, et Mathieu Charbonneau (baryton, claviers, wurlitzer, piano), Ottavien et claviériste de la formation freak folk Timber Timbre, discute du spectacle et de leur plus récent album, Effets spéciaux.

On imagine plus facilement un concert d’Avec pas d’casque dans un petit pub, bière en main, qu’au Centre National des Arts. Comment pensez-vous que le lieu se prête à votre spectacle?

Mathieu Charbonneau : L’avantage, c’est que le spectacle peut devenir une expérience complète. Le public est confortable et attentif et le CNA est bien équipé pour garantir une expérience sonore qui représente bien tout ce que le band fait. Ça permettra de vraiment vivre le spectacle.

En septembre, vous avez lancé un album intitulé Effets spéciaux. L’album s’écoute comme un tout bien orchestré avec des motifs récurant : la lumière, la nuit, la tranquillité. Quelle fut l’inspiration de cet album?

Stéphane Lafleur : On n’est pas parti avec des thèmes en particulier. L’album a été créé dans une tranche de vie alors que le monde continuait à tourner. Certains mots revenaient d’une chanson à l’autre, et j’ai décidé de ne pas me battre contre ça.

Avec du recul, j’y vois ce besoin de recherche et de ralentir le temps. Je viens d’avoir 40 ans et ça me fait regarder autour de moi, voir où j’en suis, qu’est-ce qui est derrière, qu’est-ce qui est devant, mais aussi qu’est-ce qui est là dans le moment.

On remarque dans l’album une légère transition à un nouveau son, plus ambiant. À quoi peut-on attribuer cette transformation?

SL : Musicalement, la ligne directrice de l’album était de laisser plus de place au clavier. Mathieu s’est joint au groupe en 2012, sur le baryton.  Jusqu’à  maintenant, le piano était un accompagnement qui venait décorer les chansons. Mais pour l’album, on voulait le mettre de l’avant. Des chansons comme « Il fait noir de bonheur » sont vraiment centrées sur l’instrument.

Les gens consomment moins d’albums et plus de chansons individuelles. Comment le groupe vie-t-il ce changement?

SL : C’est sûr que je trouve ça regrettable, mais il y a des gens qui continuent à aimer les albums concept. On est tous des amateurs d’albums à jouer en continu et on ne recherche pas nécessairement le succès commercial radiophonique, qui existe de moins en moins de toute façon.

J’aime beaucoup faire un pacing : choisir la chanson qui va ouvrir, la chanson qui va finir, et mettre en scène une progression entre.  C’est comme réaliser un film.  L’album présente quelque chose de très personnel. Dans un monde où la musique sert d’échappatoire, notre l’album vise vraiment à créer une bulle intime.

Cette analogie au cinéma – ton autre grande passion – se retrouve aussi dans le titre de l’album. Est-ce un clin d’œil au ton de l’album?

SL : En fait, le titre est venu tard, pendant le mixage. Lorsqu’on pense aux effets spéciaux, on pense au cinéma, aux CGI et aux gros films d’action. Mais quand on sort les mots de leur contexte, ça peut être autre chose. Les effets spéciaux, pour moi, c’est aussi l’invisible qui relie les gens, tel qu’illustré sur la pochette de Joël (Vaudreuil).

Quelle chanson suggèrerez-vous aux lecteurs qui aimeraient découvrir le band?

Avec nos albums, c’est toujours difficile de trouver le single up-tempo de 3 minutes. On n’a rien de ce format et ce n’est pas une préoccupation pour nous. Les chansons forment un tout. Une chanson comme « Loup-garou », pour laquelle Joël vient de faire un clip, donne un bon aperçu du band sans vraiment être emblématique d’Effets spéciaux. Personnellement, je trouve que celle qui représente le mieux l’album et cette nouvelle étape du band, c’est surement « Il fait noir de bonne heure ».